Ce n’est pas du tout pareil…
Et c’est parti pour remonter IKESSO le long des côtes du Brésil ! Je vous entends déjà tous : « oh la chance ! », « ce doit être super ! », « quels veinards ! »…
Et bien en fait non… ce n’est pas du tout pareil… je m’explique…
Avez-vous déjà vécu une aventure rêvée ? Imaginez l’état d’esprit de notre descente vers la Terre de Feu en 2024, arrivée à Ushuaïa, nous approcher des glaciers de la Cordillère DARWIN qui se jettent dans le canal BEAGLE… Imaginez l’excitation, l’émotion, le sentiment d’atteindre un Graal, de vivre mon rêve et ce pendant des mois… Tout ça vibre encore au fond de moi, les émotions résonnent fortement, les larmes sourdent parfois dans la griserie du souvenir, devant les images… Vous avez lu mes articles lors de la descente, donc vous savez tout ça déjà. Mais là… c’est dif-fé-rent : on doit juste ramener IKESSO en Rance, en en profitant au maximum ! Pas du tout la même excitation…du tout du tout…
Départ lundi 12 de Piriapolis, que nous étions contents de quitter enfin Patrick et moi, avec Kjell, pour une étape de 640NM. Vent de face, moteur, sauf qu’après 8h de route le moteur s’arrête… La galère commence : démontage, resserrage, les mains dans le gas-oil, le bateau secoué dans les vagues… Bon ce n’est pas une pollution du diesel, ça je connais très bien car c’était le cas quand j’ai acheté le bateau en 2022 en Grèce…
Patrick, résilient, déterminé, s’attelle au travail : il s’avère que le circuit gas-oil avale de l’air par où il faut pas… sauf qu’on ne trouve pas par où !!!
Malheureusement c’est du petit vent de face tout le temps, exactement les conditions pour faire route-moteur. Le moral en prend un coup car nous n’avançons pas. Certaines purges du circuit tiennent 3h, mais parfois c’est 1h voire 1/4h, pour 1/2h d’intervention à chaque fois… On n’a pas tous les joints qu’il faudrait, il y a une bidouille sur la purge du filtre…que j’aurais dû faire changer/réparer avant de partir… Le Capitaine cherche le coupable et il n’a pas à chercher loin : c’est le Capitaine évidemment.
Mais l’ambiance reste excellente, nous voyons de magnifiques couchers de soleil, des ciels nocturnes étoilés, parfois un bord nous rapproche du signal telecom et nous faisons chauffer WhattsApp. 2 baleines tournent autour, quelques oiseaux de mer, dès 8 nœuds de vent c’est un plaisir de faire de la voile, car en-dessous de 5 nœuds, les voiles battent et ça couine un peu. Et puis le soleil des tropiques tape dur, il fait chaud… Un peu de cuisine simple.
Ce retard va-t-il nous contraindre à annuler la venue de Reinhard ? voire de Coyote ? C’est possible, quelle déception…
Une question tourne en rond dans sous ma casquette : comment allons-nous entrer en sécurité à la voile dans la marina d’ITAJAI ? ça cogite… Je finis par demander assistance à la Marina et (avec l’aide sympa de Bernard que j’ai connu par Navily et qui m’a recommandé ITAJAI, puis donné ses contacts), tout est organisé. Oui mais… y aura-t’il beaucoup de vent dans la marina ? Car IKESSO a du fardage et une rafale a vite fait de le déporter…
L’étape s’allonge et un bon coup de vent de sud va nous propulser les dernières 12h jusqu’à ITAJAI. Nous aurons jusqu’à 47 nœuds de Sud, que nous étalerons sous foc seul bien roulé, Patrick emmenant IKESSO @ 10,5 nœuds. Nuit blanche pour l’équipage, et à 10h lundi 19, IKESSO est amarré laborieusement au ponton, à 15h30 les formalités administratives sont terminées à NEPOM, ça c’est une bonne surprise. A 16h00, le mécano est à bord et discute en portugais avec Patrick !!! La Marina est confortable, surplombée par des tours d’immeuble de 30 étages.
Une 1ère étape compliquée mentalement, il faut nous reposer, et être patient avec le mécano…
A suivre…